Épisode #2 : À l’assaut du métro

Un article paru dans le Magazine Lylo n°10 (janvier 2016)

Les gens arrivent par vagues. Je m’agrippe à mon ukulélé. J’ai l’impression d’être un pirate échoué entre les lignes 2 et 12 du métro Pigalle. Mais comment en arrive-t-on à une telle dérive ? Pour avoir le droit de jouer dans le métro, il faut d’abord passer une audition. Lors des castings de la RATP, on croise des musiciens de tous horizons, du duo des sœurs jumelles que j’imagine être des siamoises au groupe de hautbois diplômés du conservatoire, en passant par le guitariste aux chansons en yaourt. Pendant cette sélection, chaque prétendant a le droit à deux chansons sous le regard du jury et celui d’Anis en poster au fond de la salle. Il faut savoir qu’Anis, la mascotte des musiciens du métro, n’aurait jamais passé ce casting, il optait plutôt pour un jeu hors piste dans les rames, ce qui lui aurait valu un bon paquet d’amendes. Face à son succès, la RATP aurait effacé son ardoise contre son portrait en 4×3. Mais ce ne sont que des bruits de couloirs de métro…

Suite à cette audition, j’obtiens le précieux sésame. Sans famille mais badgé, caustique l’affaire. La gueule en bandoulière, je décide de tenter ma chance à Bastille. C’est un des lieux qui marche le mieux, paraît-il. J’y rencontre Stéphane, un vieux de la vieille qui me briefe : « Toujours se mettre en face d’une caméra, si jamais ça se passe mal, les agents de sécurité arriveront ». Ça met en confiance. Je me lance sous les yeux bienveillants de mon mentor. Au bout d’une heure, je fais le point : il est 21h30, j’ai 1,60 euro dans mon chapeau et un vieux monsieur aviné chante plus fort que moi à quelques centimètres de mon oreille.

Du coup, j’ai délaissé les gros spots pour des endroits moins fréquentés. Les Parisiens n’en peuvent plus des reprises des grosses saucisses de la chanson française, alors je leur sers mon propre répertoire. Mon truc ? Les fixer avec un grand sourire tout en chantant jusqu’à ce qu’ils craquent et m’en retournent un, voire me donnent une pièce.

 

À découvrir aussi :

Épisode #1 : L’Île aux requins

On m’a souvent dit que Jérémy Sans Famille, c’était un nom pourri. Pourquoi s’appeler comme le pauvre gamin d’un dessin animé que ma mère m’avait interdit de regarder car il me faisait pleurer tous les mercredis ? Pour comprendre, flash-back sous les tropiques, à l’île de la Réunion (…) lire la suite

Épisode #3 : Dans l’enfer des cafés-concerts

Du rade de quartier au café-concert, je vous emmène faire la tournée des grands ducs. On y va pour draguer ou retrouver des amis après le boulot. Mais les bars sont avant tout des lieux rêvés pour pratiquer l’activité préférée des Français : écouter de la musique. C’est parti pour un petit tour des troquets (…) lire la suite

Épisode #4 : À l’assaut des plateaux

Je suis en train de dérouler mes câbles. L’ingé son me demande : « Combien de bains de pied ? ». Bienvenu à File 7 sur une grosse scène avec du matos et de vrais techniciens pour une résidence de deux jours. Je m’étais rencardé au centre FGO-Barbara lors d’une conférence (…) lire la suite