Épisode #1 – L’Île aux requins

Un article paru dans le Magazine Lylo n°9 (décembre 2015)

On m’a souvent dit que Jérémy Sans Famille, c’était un nom pourri. Pourquoi s’appeler comme le pauvre gamin d’un dessin animé que ma mère m’avait interdit de regarder car il me faisait pleurer tous les mercredis ? Pour comprendre, flash-back sous les tropiques, à l’île de la Réunion.

En 2007, je me la racontais dans un groupe de punk musette, Les Brèves de Comptoir. À l’époque, une malédiction pesait sur nous : à chaque concert, l’un d’entre nous vomissait. Notre joyeuse bande se produisait souvent, mais malgré les relents gastriques, nous n’avons jamais sorti de galette. Alors, pour me protéger du sort, ma famille maudite m’a abandonné. En tout cas, c’est ce que j’aime à penser. En réalité, ils m’ont viré car j’étais « chiant ». Besoin de tout diriger, paraît-il.

Seul, en galère, je suis parti semer mes chansons sur les marchés de l’île et sur les terrasses des cafés. Je commençais à me faire à mon personnage de troubadour, allant de ville en ville avec un accordéon, un seau de plage en plastique et mon fidèle ami Hubert, un basset hound. Pour faire la manche, c’est mieux d’avoir un chien – à la Réunion aussi, les gens sont plus sensibles à la condition canine qu’à celle des intermittents du spectacle. Heureusement, à défaut de plan de carrière, j’ai du ressort : pendant plus de dix ans, j’ai sauté les barrières du Manapany Surf Festival jusqu’au jour où ils m’ont programmé.

Mais l’île est petite et le monde est grand. Pendant presque quinze ans, j’ai saoulé tout le monde avec mon ukulélé, et si j’étais resté plus longtemps, on m’aurait certainement balancé aux requins. J’ai donc décidé de quitter la plage et mes claquettes pour tenter ma chance à Paris. C’est le coeur gros que j’ai quitté ma famille et mes amis. J’ai débarqué en métropole avec dans mes bagages plein de chansons à la con, sur mon amour des fruits, ma phobie des chats et mes histoires de coeur souvent foireuses.

À moi les troquets parisiens et les couloirs du métro ! Si jamais on s’y croise, mettez une petite pièce dans le chapeau…

 

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